• Les arcs-boutants de notre-dame de paris

    Olivier de Châlus

    La configuration d’origine des arcs-boutants de Notre-Dame de Paris constitue la question historiographique la plus tenace de la cathédrale. Cinq théories a minima se sont succédé depuis Viollet-le-Duc sur le mode de contrebutement initial de la cathédrale. Elles s’articulent autour de deux questions : des arcs-boutants étaient-ils prévus à Notre-Dame de Paris dès le XIIe siècle et, si oui, de quel type étaient-ils avant d’être remplacés, au XIIIe siècle, par des arcs-boutants dont la morphologie correspond à celle que l’on connaît aujourd’hui.
    Cette question semble avoir été tranchée par Andrew Tallon par l’analyse des déformations, le conduisant à conclure que des arcs-boutants étaient en place au moment du voûtement de la cathédrale. Deux questions restent pourtant en suspens : pourquoi les arcs-boutants de la cathédrale ont cette particularité d’enjamber les deux vaisseaux latéraux d’une seule volée et, parmi eux, comment expliquer la singularité de la culée intermédiaire de l’arc-boutant des Rois-Mages, situé au nord-ouest du chœur.
    En réalité, l’enjambement d’une seule volée semble avoir été la règle dans le cas d’églises à double bas-côté – comme à Saint-Rémi de Reims – avant que les culées intermédiaires n’apparaissent sur les chantiers de Chartres et de Bourges au milieu des années 1190. Jusqu’à cette date, les colonnes inter-bas-côtés étaient trop frêles pour supporter un tel dispositif. Ce n’est qu’à partir de la toute fin du XIIe siècle que ces colonnes ont été épaissies permettant la mise en œuvre d’arc-boutant à double enjambement qui devint alors la règle. Seule exception à ma connaissance à cette chronologie : le cas de Saint-Denis, où les arcs-boutants au XIIIe siècle surplombent des bas-côtés du XIIe siècle.
    L’arc-boutant des Rois-Mages, quant à lui, repose sur une pile inter-bas-côté plus épaisse et plus tardive que pour les autres cas. Il correspond donc, contrairement à ce que disaient certains auteurs, à un cas plus tardif et non à la configuration initiale de contrebutement de la cathédrale ; mais pourquoi ? L’histoire de l’édifice abordée sous l’angle des techniques ouvre donc d’autres questions, et trace de nouveaux chemins vers la connaissance des édifices anciens…
     
    Éléments bibliographiques :
    Andrew Tallon, La technologie 3D au service de Notre-Dame, dans la grâce d’une cathédrale : Notre-Dame de Paris, 2013
    Olivier de Châlus, Thèse de doctorat (en préparation sous la direction de Philippe Bernardi

     

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  • L’incendie de 1218

    Olivier de Châlus

    Avant le 15 avril 2019, l’historiographie de la cathédrale n’avait retenu que deux incendies d’importance. L’incendie de 1871 par les communards, qui s’avère être une construction de propagande sans fondement, et l’incendie de 1218. La nuit précédant la fête d’Assomption de cette année-là, un voleur s’introduisit dans les combles de la cathédrale pour dérober, à l’aide de cordes et de crochets, les chandeliers préparés pour l’occasion. Par la maladresse de sa périlleuse entreprise il enflamma les tentures de soie qui tapissaient le chœur, et c’est pour ces conséquences que cet événement a été consigné dans les chroniques médiévales.

    Cet incendie est capital pour l’historiographie de la cathédrale, car Viollet-le-Duc y a vu la cause de ravages qui auraient entraîné des dégradations irrémédiables sur la cathédrale de Maurice de Sully. Pour cette raison, la cathédrale aurait été très lourdement restaurée à partir des années 1220.

    Tous les chercheurs qui se sont par la suite penchés sur cette question, à commencer par Marcel Aubert, ont minimisé l’ampleur évoquée par Viollet-le-Duc pour cet événement, considérant qu’un tel incendie aurait laissé des traces indélébiles que nous aurions identifiées. Ils ont alors tous cherché à expliquer d’une autre manière ce que nous pourrions qualifier de première des trois grandes réfections de la cathédrale, les deux autres étant celle de Viollet-le-Duc et celle qui s’annonce aujourd’hui.

    L’incendie récent nous permettra d’en connaitre davantage sur les conséquences potentielles d’un incendie d’ampleur en 1218 et rouvrira peut-être le débat, avec de nouvelles observations du bâti. Une autre question se pose : si, comme l’a retenu l’historiographie, les voûtes du chœur étaient effectivement en place en 1182 pour la consécration du chœur, comment cet homme aurait-il pu, trente-six ans plus tard, espérer dérober des chandeliers depuis la charpente… Cet incendie nous apprend très certainement également que les voûtes du chœur de Notre-Dame de Paris sont postérieures à 1218.

     

    Éléments bibliographiques :

    Viollet-le-Duc, Dictionnaire raisonné de l’architecture française, tome II, article cathédrale, 1859

    Marcel Aubert, Notre-Dame de Paris, sa place dans l’architecture du XIIe au XIVe siècle, 1920

    Olivier de Châlus, Thèse de doctorat, en préparation sous la direction de Philippe Bernardi

     

  • Les fondations de notre-dame de paris

    Olivier de Châlus

    Deux enjeux concernent les fondations de Notre-Dame de Paris.
    Le premier est de maîtriser l’incidence de leur réalisation dans la chronologie du chantier. Le décalage entre les dates de démarrage des projets, que l’on connaît généralement, et la pose des colonnes, dépend du temps pour les établir. Il est donc impératif de savoir l’évaluer. À Notre-Dame de Paris, deux sondages nous sont connus de l’époque moderne, évoquant des massifs maçonnés d’une profondeur entre six et neuf mètres. Ces données sont cohérentes avec la profondeur donnée par Viollet-le-Duc aux fondations de la sacristie ou à ce que l’on sait de celles de l’Hôtel-Dieu médiéval. Elles ont par ailleurs pu alors être confirmées par l’analyse des données géologiques et géotechniques disponibles auprès du BRGM. Les fondations de la cathédrale semblent donc appuyées sur les alluvions anciennes de la Seine à l’altimétrie de 26 m NGF, cote du débit d’étiage de la Seine à neuf mètres sous le parvis actuel. En moyenne, l’altimétrie médiévale urbaine était par ailleurs un à deux mètres sous le niveau actuel du parvis.
    Le second enjeu est d’identifier des fondations existantes et non chargées pour pouvoir, dans les semaines et mois à venir, s’affranchir de travaux de fondations invasifs dans des terrains anthropiques. Viollet-le-Duc a affirmé qu’initialement, la cathédrale ne disposait pas de transept. Il s’appuie sur la découverte de massifs de fondations dans cette zone. Malgré les travaux de Caroline Bruzelius qui allaient dans ce sens, cette hypothèse a été écartée par la communauté scientifique. Pourtant, de nombreux éléments corroborent cette hypothèse. En particulier, le fait que la travée la plus occidentale du chœur est anormalement plus large que n’importe quelle autre et que le transept attenant est lui-même plus large que la nef. Comme indiqué sur le schéma ci-dessus, le cumul de ces deux espaces correspond en réalité à celui qu’occupaient exactement quatre travées régulières du reste de l’édifice, démolies pour l’insertion du transept aligné sur la face ouest des escaliers des tribunes. Les fondations correspondantes doivent être en place.
    L'explication des différences entre les élévations est et ouest du transept en découle. La première s’appuie sur des fondations robustes spécifiquement construites ; la seconde reprend des fondations existantes et moins volumineuses des travées courantes de la nef. Ses piliers sont donc plus compacts pour s'y adapter. On peut par ailleurs en déduire que les fondations ne sont pas faites d’une grille maçonnée.

     

    Éléments bibliographiques :
    Base de données de sol du BRGM www.infoterre.brgm.fr
    Philippe Bernardi, Bâtir au Moyen Âge, 2011
    Alain Erlande-Brandenburg, Notre-Dame de Paris, 1997
    Olivier de Châlus, Thèse de doctorat, en préparation sous la direction de Philippe Bernardi

     

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