• Les incendies de Saint-Benoît-sur-Loire

    Eliane Vergnolle

    Les incendies qui ravagèrent l’abbaye de Saint-Benoît-sur-Loire au début du XIe siècle sont très présents dans l’historiographie de l’époque. Tous les auteurs insistent sur la capacité des voûtes en pierre à résister au feu. Selon son biographe, Aimoin, l’abbé Abbon (996-1004) confia au moine Geoffroy, gardien du trésor, le soin d’édifier « une chambre du trésor en pierre (gazofilatium) tout à fait apte à repousser la violence d’un incendie, s’il en survenait un ». Les travaux furent achevés par son successeur, Gauzlin (1004-1031). C’est effectivement là que, lors de l’incendie de 1095, les archives de l’abbaye furent transportées en catastrophe. Ce trésor, (aujourd’hui chapelle Saint-Mommole) est l’un des plus anciens exemples de ce type de bâtiment. Il comporte deux étages couverts de voûtes d’arêtes et des murs épais percés d’étroites fenêtres. Si l’étage a été remanié à plusieurs reprises, le rez-de-chaussée est parfaitement conservé. La présence de la pierre de taille - technique onéreuse encore réservée vers l’an mil aux édifices les plus prestigieux - autant que la richesse du décor sculpté témoignent de l’importance qui était accordée à cette construction (fig. 1).

    André de Fleury consacra un livre entier de la Vita Gauzlini au récit de l’incendie qui, en 1026, dévasta le bourg et l’abbaye. Il décrit en termes évocateurs la panique des moines surpris dans leur sommeil et le sauvetage de la châsse de saint Benoît, transportée in extremis dans un verger alors que les poutres enflammées s’effondraient dans le sanctuaire. L’auteur porte une attention toute particulière aux matériaux - il précise que les bâtiments monastiques étaient en pisé et qu’ils furent rapidement reconstruits - et dit que « tout ce qui était en bois a été réduit en poussière et en cendre ». Aussi le recours à la pierre apparaît-il comme une amélioration significative : l’abbé Gauzlin fit couvrir le sanctuaire de l’abbatiale d’une voûte en pierre et au moment sa mort, il attendait l’arrivée d’un mosaïste qu’il avait envoyé chercher à Ravenne pour décorer celle-ci. Les trois églises du bourg furent également reconstruites ou restaurées après l’incendie de 1026. Le témoignage d’Helgaud, auteur de la Vie de Robert le Pieux et « architecte » de l’église dédiée à Saint-Denis est non moins révélateur : il avait d’abord bâti une église, « modeste il est vrai mais bien charmante… Bien qu’elle fût imparfaite, bien qu’elle fût en bois, le roi se déplaça du château de Vitry pour la voir ». Après l’incendie, Helgaud la refit de pierre. Il n’en subsiste aujourd’hui que le départ de la voûte en berceau du chœur, rythmée par de puissants doubleaux associant la brique et la pierre (fig. 2).
        
    Bibliographie :

    Eliane Vergnolle, « Saint-Benoît-sur-Loire. L’abbatiale romane », Bibliothèque de la société Française d’Archéologie, Paris, 2018, p. 16-40.

    Sources :

    Vie d’Abbon, abbé de Fleury/ Vita et passio sancti Abbonis par Aimoin de Fleury et pièces annexes, dans L’abbaye de Fleury en l’an mil, Robert-Henri Bautier et Gillette Labory (éd. et trad.) Paris, 2004, p. 106-107 ; André de Fleury, Vie de Gauzlin, abbé de Fleury, Robert-Henri Bautier et Gillette Labory (éd. et trad.), Paris, 1969, p. 104-137 ; Helgaud de Fleury, Vie de Robert le Pieux/Epitoma vitae regis Roberti Pii, Robert-Henri Bautier et Gillette Labory (éd. et trad.), Paris, 1965, p. 116-119.

     

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    Mise en ligne le 27 avril 2019

  • Canterbury 1174 / Paris 2019

    Yves Gallet

    L’incendie de Notre-Dame le 15 avril dernier a eu de nombreux antécédents à l’époque médiévale, souvent signalés par les chroniqueurs. L’un des plus célèbres est l’incendie de la cathédrale de Canterbury survenu le 5 septembre 1174, un an et demi après la canonisation (21 février 1173) et quatre années après la mort, en martyr, de l’archevêque Thomas Becket, assassiné sur ordre du roi Henry II alors qu’il célébrait l’office dans sa cathédrale (29 décembre 1170).
    L’incendie et la reconstruction qui s’ensuivit sont rapportés par un témoin oculaire, le moine Gervais de Canterbury, qui détaille de manière circonstanciée l’état antérieur du monument, l’incendie lui-même et ses conséquences, les débats d’experts autour des choix à adopter dans la reconstruction, la désignation d’un architecte (le Français Guillaume de Sens, retenu propter vivacitem ingenii et bonam famam, « pour sa hardiesse d’esprit et son excellente réputation »), et enfin les étapes du chantier du nouveau chevet de la cathédrale, qui, terminé en 1184, devait être l’un des points de départ de l’aventure « gothique » en Angleterre.
    Au-delà des questions de style, le témoignage de Gervais de Canterbury fourmille d’enseignements. Il permet d’abord de suivre, pas à pas, pilier par pilier, voûte après voûte, la progression des travaux, dans un texte qui nous apprend beaucoup sur la manière dont les hommes du Moyen Âge percevaient et nommaient l’architecture – on lui doit en particulier le mot triforium. Il insiste également sur l’organisation logistique (approvisionnement en matériaux de construction, construction de machines pour charger et décharger les navires transportant la pierre, préparation des gabarits pour les tailleurs de pierre), d’un chantier dont on perçoit dès la fin du XIIe siècle le haut degré de structuration. L’appel à des experts « français et anglais », appelés à se prononcer sur la sauvegarde de la cathédrale précédente ou sur la reconstruction d’un nouvel édifice, est aussi d’une très grande actualité. Enfin, Gervais de Canterbury met l’accent sur le rôle des voûtes, qui devaient permettre de protéger l’édifice d’un incendie de sa toiture. Longtemps, les historiens de l’architecture médiévale se sont demandé s’il n’y avait pas, derrière la généralisation de l’emploi des voûtes dans l’architecture religieuse depuis le XIe siècle, des préoccupations autres, d’ordre symbolique. L’incendie du 15 avril 2019 montre à notre génération combien des voûtes, même d’une très grande minceur comme c’est le cas à Notre-Dame, peuvent protéger l’intérieur d’une cathédrale et son mobilier de la chute des poutres embrasées d’une charpente.


    Orientation bibliographique :
    Robert Willis, The Architectural History of Canterbury Cathedral, Londres, 1845
    Peter Draper, The Formation of English Gothic. Architecture and Identity, Yale University Press, New Haven et Londres, 2006, p. 11-33
    Claude Andrault-Schmitt, « De l’usage de la notion de modernité : l’invention architecturale, de Suger à Gervase (1144-1174) », dans Cl. Andrault-Schmitt, E. Bozoky, St. Morrison (dir.), Des nains ou des géants. Emprunter et créer au Moyen Âge, Brepols (Culture et société médiévales, 28), 2015, p. 13-47.

     

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    Mise en ligne le 22 avril 2019

  • L'incendie de 1218 à Notre-Dame de Paris

    Olivier de Châlus

    Avant le 15 avril 2019, l’historiographie de la cathédrale n’avait retenu que deux incendies d’importance. L’incendie de 1871 par les communards, qui s’avère être une construction de propagande sans fondement, et l’incendie de 1218. La nuit précédant la fête d’Assomption de cette année-là, un voleur s’introduisit dans les combles de la cathédrale pour dérober, à l’aide de cordes et de crochets, les chandeliers préparés pour l’occasion. Par la maladresse de sa périlleuse entreprise il enflamma les tentures de soie qui tapissaient le chœur, et c’est pour ces conséquences que cet événement a été consigné dans les chroniques médiévales.

    Cet incendie est capital pour l’historiographie de la cathédrale, car Viollet-le-Duc y a vu la cause de ravages qui auraient entraîné des dégradations irrémédiables sur la cathédrale de Maurice de Sully, portant tant sur ses charpentes, que ses vitraux, ses arcs-boutants, etc. C’est ainsi, la cathédrale aurait été très lourdement restaurée à partir des années 1220 : rehaussement des appuis de la toiture pour la mise en place d’un système de collecte des eaux pluviales, reprise de la structure des arcs-boutants, modification des fenêtres hautes, reprise des voûtes et des fenêtres des tribunes, etc.

    Au début du XXe siècle, Marcel Aubert a mis en doute la véracité de l’explication de Viollet-le-Duc qui « a cru [en] voir les traces sur place ». Il a alors proposé sa propre justification à ces modifications, comme tous les historiens qui se sont ensuite intéressés au chantier de la cathédrale.

    L’analyse de l’édifice dans son nouvel état permettra de revenir sur cette question historiographique. Il permettra d’une part d’évaluer la pertinence des conséquences envisagées par Viollet-le-Duc et d’autre part de répondre à l’objection de Marcel Aubert : un incendie de ce type peut-il ou non passer inaperçu huit siècles plus tard ?

     

    Éléments bibliographiques :

    Viollet-le-Duc, Dictionnaire raisonné de l’architecture française, tome II, article cathédrale, 1859

    Marcel Aubert, Notre-Dame de Paris, sa place dans l’architecture du XIIe au XIVe siècle, 1920

    Olivier de Châlus, Thèse de doctorat, en préparation sous la direction de Philippe Bernardi

     

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    Mise en ligne le 29 avril 2019

    Mise à jour le 11 mai 2019

  • L’incendie de la cathédrale de Noyon en 1293

    Géraldine Victoir

    Voûtes de la cathédrale de Noyon

    Plusieurs textes nous informent d’un terrible incendie qui se déclara le 20 juillet 1293 dans la ville de Noyon. Le plus précis, issu des archives de l’abbaye de Longpont, indique qu’il commença un lundi à l’aube et continua jusqu’au lendemain, réduisant en cendres la cathédrale et tous les bâtiments qui étaient dans l’enceinte de la ville, sauf la maison des Templiers et des Hospitaliers et la petite église Saint-Pierre. L’évêque Gui des Prés s’adressa alors à tout le clergé pour lui demander une aide financière. Une bulle du pape Boniface VIII indique que la cathédrale était misérablement consumée.
    L’ampleur réelle de cet incendie a fait l’objet de diverses hypothèses, plusieurs auteurs ayant suggéré que la voûte du vaisseau central de la nef avait dû être reconstruite. La structure quadripartite des croisées d’ogives semblait en effet contredire l’alternance des supports qui commande traditionnellement un couvrement sexpartite, ce qui laissait penser qu’elles avaient été refaites sous leur forme actuelle à la fin du XIIIe siècle. Depuis 1975, quatre articles ont pourtant réuni des indices variés montrant que, si la charpente avait disparu dans les flammes, la voûte avait sans aucun doute résisté. Dans le dernier en date, l’argument majeur est la présence sur la voûte de l’enduit du XIIe siècle, par ailleurs bien identifié sur les murs.
    La solidité des voûtes de la cathédrale a d’ailleurs été éprouvée une seconde fois en 1918, lorsque l’édifice a été bombardé : la charpente a de nouveau entièrement brûlé, et les voûtes n’ont été endommagées que localement par les impacts d’obus.


    Pour plus de précisions et les références essentielles, voir

    Victoir, Géraldine, « La polychromie de la cathédrale de Noyon et la datation des voûtes quadripartites de la nef », Bulletin Monumental, 163-3, 2005, p. 251-254. https://www.persee.fr/doc/bulmo_0007-473x_2005_num_163_3_1286

     

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    Mise en ligne le 29 avril 2019

  • The Fires of York Cathedral

    Christopher Norton

    York Cathedral has suffered five major fires in the last 1000 years. Each time it has been rebuilt.

    In 1069 the ancient Anglo-Saxon cathedral was burnt in a fire started by William the Conqueror’s troops. It was replaced by a vast Romanesque cathedral on an adjacent site. This in turn was badly damaged by fire in the late 1150s. The nave and transepts were repaired, but the east end was demolished and rebuilt. Begun a few years before Notre-Dame, this was the first English cathedral to adopt elements of the new Gothic style, including, it seems, a four-storey elevation.

    The cathedral was entirely rebuilt between 1220 and 1470, to become the largest medieval cathedral in England. But it has a major structural weakness built into it. The span was too wide for high stone vaults, so the builders gave it wooden ones instead, with disastrous consequences when fire strikes. On the other hand, the lantern tower over the crossing acts as a fire break, preventing the fires from spreading across the entire building.

    In 1829 an arsonist set fire to the choir stalls. It spread to the organ above the pulpitum, then to the wooden vault of the east end, and finally to the roof. All were totally destroyed.

    Burning timbers piled up around the columns of the choir caused severe damage to the masonry. In 1840 another fire caused by careless workmen destroyed the roof and vault of the nave, and badly damaged the nave piers and the interior masonry of the south-west tower. Then in 1984 a fire, apparently caused by lightning, destroyed the roof and vault of the south transept. On this occasion damage to the masonry was relatively slight. A temporary roof was erected within three weeks. The replacement vault and roof are similar in appearance to the originals, and were made of timber, but they incorporated a number of technical innovations. Steel and concrete structures were considered but were ruled out for various reasons. The restoration of just the south transept took four years. Since then, fire partitions have been constructed in the other roof-spaces in the hope of containing any future fires.

    York’s famous treasures of stained glass survived the fires of 1829, 1840 and 1984 with surprisingly few losses. Other treasures did not fare so well – the treasures of knowledge and understanding. After the 1829 fire, archaeologists made extensive records which are still yielding new insights. But after the 1840 fire hardly any records were made, and precious information was lost. In recent decades there has been a growing awareness of the value, indeed the necessity, of integrating the work of archaeologists, architectural historians and art historians with the work of architects and structural engineers, masons, carpenters and conservators - not just for recording evidence that could otherwise be lost, but for contributing to the decision-making process. The architect of the massive 1966-72 works, when it was feared that the central tower might collapse, put it like this:

    The archaeologist’s information was vital for the correct solutions to the problems of the cathedral.

    In the last few years, the exemplary restoration of the great east window would not have been possible without the close collaboration of art-historians and conservators. Experience suggests that the sooner all the available skills are brought to bear, the better the results and the fewer the delays.

    There has been a long tradition of public engagement. In 1829 there was vigorous public debate and protest when the authorities planned to change the interior of the cathedral without consultation. Historical and archaeological evidence was brought to bear, and the plans were dropped. An archaeological crypt – one of the first in the world – was created beneath the choir to ensure permanent public access to the earlier remains uncovered after the fire. This crypt was extended c. 1970 beneath the crossing and transepts, and now provides a unique opportunity to see foundations dating from the Roman period up to the technologically advanced c. 1970 foundations. It is a popular visitor attraction. After the 1984 fire, some of the vault-bosses were chosen from designs submitted by children from all over the country, representing the achievements of the twentieth century, including the exploration of space. In this way the restoration is also a monument of our times. The restoration of the east window was accompanied by exhibitions, lectures and publications which have done much to raise public awareness and appreciation of stained glass, and have demonstrated a huge public interest both in traditional techniques and modern methods of conservation and restoration. Digital techniques provide new opportunities for recording and analysis, and for public dissemination. Thus modern technology can be combined with traditional skills and methods to preserve the best of the past and transmit it to the future. Together they can offer a genuinely 21st century contribution to the ongoing history of the building, leading to a deepened engagement with the inexhaustible riches of a major national monument.

     

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    Mise en ligne le 2 mai 2019

  • Note sur l’incendie de la cathédrale Saint-Pierre-et-Saint-Paul de Nantes en 1972

     

    Alain Delaval

    L’incendie du 28 janvier 1972 s’est déclaré dans l’après-midi, vers 15 h 30. La cathédrale faisait l’objet d’une intervention dans les parties hautes, notamment des travaux de soudure ; le feu a pris dans les combles, à la suite de l’utilisation mal contrôlée d’un chalumeau à gaz propane par un ouvrier qui travaillait sur un chéneau. L’incendie déjà impossible à maîtriser avec les simples moyens du chantier s’est manifesté par une fumée s’échappant du toit et une pluie fine de cendres et d’ardoises éclatées et de débris de voliges se répandant sur tout le quartier. Le feu s’est très rapidement développé, attisé par un vent vif ; à 16 h 18, les sapeurs-pompiers arrivaient sur les lieux : le feu ravageait le croisillon nord du transept. À 16 h 30, tout le toit était en flammes ; le pignon du croisillon nord, qui n’avait pas été achevé au XIXe siècle et qui n’était qu’un galandage de bois, s’est effondré en flammes sur le square bordant le côté nord de la cathédrale. Pour empêcher la propagation du feu à la tour sud, où se trouve le beffroi des cloches, les sapeurs-pompiers ont mis en action trois grosses lances, mais insuffisantes : la plus haute échelle dont ils disposaient n’atteignait qu’un déploiement de 30 mètres, alors que le toit culminait à près de 50. Ils ont dû acheminer des dizaines de mètres de tuyaux de lances par les escaliers en vis pour atteindre le toit des collatéraux et pouvoir ainsi arroser la voûte au plus près, malgré la difficulté d’assurer à cette altitude une pression d’eau suffisante pour l’arrosage. Le feu a duré toute la nuit et l’extinction totale des dernières braises n’a été assurée que plusieurs jours après.

    Les dégâts subis par la cathédrale se sont principalement limités à la toiture. Les charpentes, des XVe et XVIIe siècles pour la nef et le croisillon sud du transept, des XIXe et XXe pour la croisée, le croisillon nord et l’abside, ont été totalement détruites. La structure bâtie n’a que peu souffert : les voûtes, d’une épaisseur d’environ 30 cm à la clef, ont résisté à la chute de la charpente ; l’échauffement des maçonneries n’a provoqué que des dommages ponctuels mais aucune déstabilisation grave. L’arrosage par les sapeurs-pompiers n’a pas provoqué non plus de surcharge périlleuse pour les voûtes. Seule l’imprégnation d’eau des maçonneries de tuffeau, matériau très poreux et absorbant, causait de l’inquiétude, notamment à cause du risque de gel, le climat étant assez froid ces jours-là. L’intérieur de l’édifice n’a subi aucun dommage ; le grand orgue installé sur la tribune construite au XVIIe siècle sous le porche de la cathédrale n’a souffert que superficiellement de l’arrosage de l’incendie. Il avait fait l’objet d’une campagne de restauration organologique terminée en 1971.

    La restauration s’est déroulée sur plusieurs années, sous la direction de l’Architecte en Chef des Monuments Historiques Pierre Prunet. Après avoir installé une couverture provisoire en tôle galvanisée portée par une structure tubulaire posée sur les murs latéraux, un contrôle de l’état des voûtes a été opéré par le Centre d’Etudes des Bâtiments et des Travaux Publics (CEBTP) au moyen d’une mesure de vitesse de propagation du son à travers le matériau. Le compte-rendu de cet examen, en date du 22 septembre 1972, a diagnostiqué un état satisfaisant de la structure bâtie malgré quelques fissures et altérations sporadiques de rubéfaction sur quelques centimètres. La restauration a pu être envisagée et la réouverture de la cathédrale au public effectuée en 1975. Le parti de restauration a été celui d’une réfection de la toiture selon le profil et l’aspect antérieur à l’incendie, c’est-à-dire selon les mêmes cotes, portée par une charpente constituée de triangles de béton portant des pannes en béton armé supportant un chevronnage de chêne et une couverture en ardoises sur voliges. La reconstruction de la toiture s’est terminée en 1992.

     

    Bibliographie

    PRUNET Pierre (ACMH) : Restauration de la cathédrale de Nantes, Monuments Historiques de la France, 1976, n° 4

    DELAVAL Alain : Entre destructions et restaurations, in : Coll. Mgr J.-P. James (dir.) : Nantes, Strasbourg, éd. La Nuée Bleue, coll. « La grâce d’une cathédrale », 2013, p. 111-121

     

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    Mise en ligne le 2 mai 2019

  • Des incendies programmés ? Le cas de l’abbatiale Sainte-Marie-Madeleine de Vézelay (1165)

    Arnaud Timbert

    En 1165, l’abbé Guillaume de Mello (1161-1171), proche du roi de France, maître d’ouvrage du chevet de Saint-Martin de Pontoise aux formes et au plan inspirés du chevet de Saint-Denis, choisit, quelques années après son arrivée à la tête de la communauté monastique de Vézelay, d’abattre le chevet du XIe siècle au profit d’un vaste chevet identique – en plan tout du moins – à celui qu’il érigea à Pontoise, imposant ainsi en terre bourguignonne les formes étrangères du style « gothique ».
    Pour aboutir à ce résultat, il fallut à la fois convaincre les moines à l’idée de raser le chevet du XIe siècle - bâti par l’abbé martyr Artaud - justifier l’intérêt pratique et par conséquent liturgique d’une reconstruction et, enfin, trouver l’argent nécessaire à l’entreprise.
    L’incendie survenu dans la crypte en 1165, en révélant quantité de reliques, tomba à point nommé. Hugues de Saint-Victor relate l’événement : « Le feu prit par accident, à la voûte qui s’élève au-dessus du sépulcre de la bienheureuse Marie-Madeleine amie de Dieu ; et ce feu fut tellement violent que les supports mêmes, que les Français appellent des poutres et qui étaient placés dans la partie supérieure, furent tout à fait consumés. Cependant, l’image en bois de la bienheureuse Marie, mère de Dieu, laquelle posait sur le pavé même, demeura entièrement à l’abri du feu, et en fut seulement noircie. Le phylactère en soie qui était suspendu au cou d’une image de l’Enfant Jésus, ne prit pas même l’odeur de la fumée et ne changea nullement de couleur. Par où il apparut clairement que l’image elle-même n’eut point été non plus atteinte par la fumée, s’il n’eût été ordonné par une dispensation divine qu’à l’occasion du travail entrepris pour la restaurer, on trouverait caché dans son sein, un très trésor précieux d’un prix inestimable. La dite image ayant été en effet envoyée à un homme, pour être restaurée, celui-ci déclara qu’il lui semblait qu’il y avait entre les épaules une petite ouverture extrêmement bien cachée. Sur ce rapport, le prieur Gilon ordonna de porter l’image dans la sacristie ; et appelant à lui Geoffroi, le sous-prieur, Gervais, le sacristain, Gérard, le surveillant des écuries, Maurice qui chantait la basse et Lambert lui-même, celui qui devait restaurer l’image, le prieur, ayant pris un couteau, commença par enlever lui-même les couleurs ; et après avoir mis le bois nu, ils ne purent trouver à la surface rien qui indiquât une coupure. Alors le prieur prit un marteau de fer et essaya de chercher avec l’oreille ce qu’aucun d’eux n’avait pu trouver avec les yeux ; et ayant entendu un son comme celui que rend tout objet creux, animé d’une vive joie, il enfonça de ses propres mains cette petite porte, et trouva en dedans des cheveux de cette vierge toujours pure, à laquelle nulle femme n’a jamais paru semblable dans le monde, ni avant ni après elle ; et en outre, un fragment de la tunique de cette même Marie, mère de Dieu, et l’un des os du bienheureux Jean-Baptiste. Il y trouva, de plus, des os des bienheureux apôtres Pierre, Paul et André, en un seul paquet ; un ongle du pouce du bienheureux Jacques, frère du Seigneur ; deux paquets des os du bienheureux Barthelémy, apôtre, et presque un bras de l’un des innocents ; des reliques de saint Clément, et une touffe de cheveux de sainte Radegonde, reine ; en outre, des vêtements des trois enfants Lidrach, Misach et Abdénago et, enfin, un morceau de la robe pourpre que notre Seigneur Jésus Christ portait le jour de la Passion. »
    Comme l’indique ce texte, l’incendie, limité en superficie, n’eut que peu de conséquence matérielle. L’impact fut surtout psychologique. L’incident, en révélant d’insignes reliques sur lesquelles le narrateur s’attarde à dessein, devint un miracle, un signe indiquant le souhait divin d’un nouvel écrin. Ce miracle s’imposa donc à la fois comme une caution surnaturelle à une entreprise temporelle qui ne faisait peut-être pas l’unanimité et offrit un argument en faveur d’un chevet à chapelles rayonnantes multiples destinées à recevoir les reliques. L’envoi de quêteurs, en 1164, par l’abbé Guillaume de Mello, pour récolter des aumônes peut-être destinées à préparer un chantier d’envergure, autorise cette hypothèse.

     

    Pour les sources et la bibliographie relatives à cet événement :

    A. Timbert, Le chevet de La Madeleine de Vézelay et le premier gothique bourguignon, Rennes, Presses universitaires de Rennes, coll. « Art & Société », 2009, p. 89-93.
     

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    Mise en ligne le 16 mai 2019

  • Des incendies programmés ? Le cas de la cathédrale Notre-Dame de Chartres (1194)

    Arnaud Timbert

    La cathédrale érigée par Fulbert vers 1020 a fait l’objet d’une campagne de modernisation à partir des années 1130-1150 avec la construction du massif de façade à deux tours, la création d’une porte desservant la crypte sur le flanc sud, vers 1150-1160, et la réalisation de vitraux – notamment la Belle-Verrière vers 1180 – destinés à embellir l’abside. Le 10 juin 1194, un incendie embrase la cathédrale. L’événement est rapporté par Jean Le Marchant : « cette nuit […] à Chartres, prit en la cité un feu qui ne fut pas maîtrisé car il était trop grand et causant beaucoup de dommages. La ville brûla du feu qui l’avait prise, ainsi que toute l’église […]. Poutres et solives furent consumées, l’ardeur du feu fit fondre le plomb, murs et murailles tombèrent, cloches et verrières si brisèrent […]. Très grande fut la douleur de voir une telle église brûler et s’effondrer. » Seule a échappé aux flammes la chemise de la Vierge : « La douce dame débonnaire sauva du feu son sanctuaire […] ; sa sainte chemise déposée en la châsse fut portée dans une grotte qui était située à côté de l’autel et qui avait été fondée par les anciens, lesquels étaient sages et prévoyants. » Mais que sait-on des conséquences du sinistre ? Doit-on conclure à une destruction complète de la cathédrale du XIe siècle?

    L’impact de l’incendie ne semble pas avoir été catastrophique. Un an après l’évènement, le 3 octobre 1195, Manassès de Mauvoisin fonde une rente de soixante sous ad opus ipsius ecclesiae, qu’il ratifie super altar gloriose Virginis, à savoir sur l’autel de la Vierge qui, dans une cathédrale dédiée à Notre-Dame devait être l’autel majeur. L’abside romane de Fulbert semble donc n’avoir pas été atteinte ou tout du moins n’avoir pas été détruite par l’incendie ; en témoigne le panneau de la Belle Verrière dont l’iconographie atteste qu’elle était à proximité de l’autel. Ce ne sont donc pas les conséquences matérielles du sinistre qui doivent être sollicitées pour appréhender le chantier « gothique » mais le recours à ce dernier comme prétexte. Rappelons en effet que dès après l’incendie, l’évêque Renaud de Mouçon (1183-1217) et les chanoines débutèrent les travaux de reconstruction. Or, une telle entreprise repose sur un projet détaillé, sur un programme réglé, sur une masse humaine rassemblée et des matériaux choisis depuis de longue date. L’homogénéité de l’œuvre comme la rapidité exceptionnelle des travaux – menés en trente ans – résultent bien sûr de la préexistence de la crypte et du massif de façade, mais elles témoignent aussi d’une organisation performante, non d’une improvisation. Le 10 juin 1194 toutes les énergies et les moyens étaient donc agrégés pour que la construction débute. Nous pouvons dès lors émettre deux hypothèses : soit l’incendie est un accident de chantier (restauration/construction), soit il a été provoqué pour débloquer une situation conflictuelle.

    Les travaux, qui induisaient la destruction de l’ancienne cathédrale faisait-il seulement l’unanimité entre les chanoines et l’évêque ? Le miracle survenu après l’incendie est-il lié plus qu’on le suppose à l’histoire de la construction ? La chemise de la Vierge, conservée dans la cathédrale depuis le IXe siècle, était à l’origine d’un pèlerinage lucratif pour les ecclésiastiques et les bourgeois de la ville. Passée pour disparue dans l’incendie, elle fut extraite de la crypte par des chanoines qui s’y étaient réfugiés. L’effet psychologique fut certainement déterminant. Le signe, une fois interprété, devint miracle et apporta une caution surnaturelle à une entreprise temporelle peut-être verrouillée : « […] l’incendie de 1194 est survenu opportunément (A. Prache). » De tels cas de figure ne sont pas rares (voir l’exemple de Vézelay), les miracles sont souvent « engagés » (J.-Ch. Casssard) et il est courant qu’ils tombent à point pour susciter un impact psychologique à la hauteur des enjeux. Cette hypothèse permet de mieux comprendre pourquoi tout semble prêt, en 1194, pour ouvrir le chantier de Notre-Dame de Chartres : il ne manquait plus qu’un signe fédérateur.

     

    Pour les sources et la bibliographie relatives à cet événement :

    A. Timbert, « Formes, matériaux et techniques de construction : regard synthétique sur le chantier chartrain », Chartres : construire et restaurer la cathédrale (XIe-XXIe s.), Villeneuve-d’Ascq, Presses universitaires du Septentrion, coll. « Architecture & Urbanisme, 2014, p. 34-35.

     

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    Mise en ligne le 16 mai 2019

  • Limiter la propagation d’un incendie. L’exemple de la flèche de la cathédrale d’Amiens en 1528

    Nicolas Asseray

    Amiens possède l’une des rares flèches en charpente dressées sur le grand comble d’une cathédrale et remontant à l’époque gothique. Elle a succédé à une première flèche dont l’incendie en 1528 – longtemps placé en 1527 en vertu de l’ancien comput – est, par le récit qui nous en a été transmis, riche d’enseignements sur la capacité de nos ancêtres à faire face à ce type de catastrophe. L’histoire de cette première flèche édifiée à la croisée du transept demeure conjecturale. Selon la tradition, un clocher en pierre surmonté d’une flèche en bois aurait été élevé à cet emplacement vers 1240, date supposée de l’achèvement du transept. Cette assertion, nuancée dès le début du XXe siècle, ne résiste plus aux enseignements de la dendrochronologie. On s’accorde aujourd’hui à situer la réalisation de cette flèche après la date d’achèvement de la charpente définitive de la nef, en 1305, charpente indispensable à l’équilibre d’une structure en bois de grande hauteur placée à la croisée.

    Lorsque la foudre frappa la cathédrale d’Amiens au soir du 15 juillet 1528, les Amiénois assistèrent, sidérés, à la destruction de la flèche par le feu, mais pas impuissants. D’après un poème en vers composé peu après l’incendie par un témoin oculaire, la mobilisation des habitants de la ville pour le sauvetage de la cathédrale fut immédiate. En effet, rapidement après que l’alarme eut été donnée par le couvreur de la cathédrale – chargé de surveiller l’édifice lors de violents orages –, les ouvriers du bâtiment, les bourgeois et même les chanoines montèrent à l’assaut des flammes qui dévoraient la flèche. La priorité consistait à empêcher l’incendie de se propager dans la charpente. À cette fin, les charpentiers eurent l’audacieuse idée d’enlever les ardoises, d’arracher les voliges et d’abattre les gros bois des quatre combles (bras du transept, nef et chœur) sur une longueur de 5 m afin d’isoler le clocher en feu du reste de la charpente et de favoriser l’extinction de l’incendie. L’entreprise fut une réussite et le feu put finalement être maîtrisé au bout de cinq heures d’efforts, la pluie aidant.

    Le démontage des fermes de la charpente situées à proximité du foyer de l’incendie constitua un véritable tour de force qui permit le sauvetage de la charpente médiévale. Cette opération, réalisée dans des conditions extrêmement difficiles (travail en hauteur, intempéries, chaleur extrême, chute de débris), limita les destructions au clocher et aux six cloches qu’il renfermait, tandis que la voûte de la croisée du transept ne subit que de légers dégâts. L’évêque et les chanoines purent ainsi entreprendre rapidement, et mener à bien en trois ans, la construction de la nouvelle flèche qui surplombe aujourd’hui encore, malgré son inclinaison, les toits de la cathédrale d’Amiens.

     

    Bibliographie :

    Charles DUFOUR, « L’incendie du clocher de la cathédrale d’Amiens en 1527, d’après un témoin oculaire », dans Mémoires de la Société des antiquaires de Picardie, tome XIX, Amiens-Paris, 1863-1864, p. 375-400.

    Georges DURAND, Monographie de l’église Notre-Dame, cathédrale d’Amiens. Tome I : Histoire et description de l’édifice, Amiens-Paris, 1901, 535 p. Voir en particulier p. 512-532.

    Maurice DUVANEL, « Les charpentes et la flèche », dans Jean-Luc Bouilleret (dir.), Amiens (coll. La grâce d’une cathédrale), Strasbourg, La Nuée Bleue, 2012, p. 163-173.

     

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